Regain d’intérêt pour le bio

Publié le 21 Octobre 2016

Article paru dans les DNA                  Odile Weiss le 28/09/2016




Depuis deux ans, le nombre de conversions à l’agriculture biologique augmente fortement en Alsace, notamment chez les éleveurs et les cultivateurs de céréales, très affectés par la crise. Les promoteurs du bio plaident en faveur d’un développement régulé afin de ne pas déséquilibrer les marchés.

La production de soja bio, destinée à alimenter l’usine de tofu Taïfun de Fribourg-en-Brisgau, dispose en Alsace d’une forte marge de progression. Photo : DNA - Franck Delhomme

La production de soja bio, destinée à alimenter l’usine de tofu Taïfun de Fribourg-en-Brisgau, dispose en Alsace d’une forte marge de progression. Photo : DNA - Franck Delhomme

En 2014, ils étaient 28. En 2015, leur nombre est passé à 37 et au 15 septembre de cette année, déjà 41 agriculteurs alsaciens se sont engagés dans un processus de conversion à l’agriculture biologique. « Et il reste encore tout un trimestre… », relève Benoît Gassmann, conseiller en agriculture bio à la chambre d’agriculture d’Alsace. Vu « le grand nombre de contacts que nous avons eu cet été avec des paysans qui veulent se lancer », 2016 sera, quoi qu’il arrive, une grosse année pour le pôle conversion bio Alsace – piloté par l’Organisation professionnelle pour l’agriculture biologique en Alsace (OPABA) avec l’appui de la chambre d’agriculture d’Alsace.

Croissance de 20 % au premier semestre

Ce sera le cas aussi au niveau national. « Au cours des six premiers mois de l’année, plus de 21 nouvelles fermes bio se sont installées chaque jour en France », s’est félicitée l’Agence bio dans son dernier bilan. Ce mouvement s’explique en partie par la crise que traverse l’agriculture. Les exploitants conventionnels, affectés par la chute des cours, commencent à s’intéresser de très près à ce mode de production plus respectueux de l’environnement et plus rémunérateur.

 

La preuve : contrairement aux années précédentes où les conversions étaient tirées en Alsace par les viticulteurs et les producteurs de fruits, de légumes et de cultures spéciales, elles concernent aujourd’hui de plus en plus les systèmes d’élevage bovin (laitier et allaitant) et les grandes cultures (céréales et oléoprotéagineux), les deux secteurs qui souffrent le plus de l’effondrement des prix.

En fait, nuance Benoît Gassmann, le vrai changement est que le bio progresse aujourd’hui tous les secteurs de production. Ce mode de culture « n’est plus une niche », estime Dany Schmidt, producteur de légumes à Volgelsheim et ex-président de l’Opaba. « C’est devenu un secteur stable, qui alimente des marchés en forte progression ». Au premier semestre 2016, la consommation de produits bio a, en effet, augmenté en France de 20 %, confirme l’Agence bio.

Le bio, source d’innovation

« L’ère philosophique », celle des premiers producteurs bio qui se sont lancés par conviction, « est un peu passée », observe l’agriculteur. « Aujourd’hui, les gens viennent avec une approche plus pragmatique et plus entrepreneuriale ».

« Il faut une fois pour toutes sortir de l’idée du gars rétrograde qui va tout faire à la main », renchérit Joseph Weissbart, le directeur de l’Opaba. D’autant que « l’agriculture bio est beaucoup plus technique que l’agriculture conventionnelle », rappelle Véronique Klein, productrice de lait bio à Ottwiller et vice-présidente de la chambre d’agriculture d’Alsace. « Il faut être passionné d’agronomie et anticiper en permanence ». Impossible, en cas, de problème, de se rattraper en appliquant un produit phytosanitaire de synthèse.

« Le bio est aussi source d’innovation », insiste-t-elle. « Il y a d’ailleurs beaucoup de nouvelles technologies qui sortent des champs bio », confirme M. Weissbart. C’est le cas par exemple de dispositifs de surveillance des champs par caméra ou de machines qui permettent de mécaniser le binage, le désherbage ou le compostage.

La structure des fermes a elle aussi bien changé. Si beaucoup sont encore de petite taille, « il y a aujourd’hui en Alsace des exploitations, nées de l’association de deux ou trois familles, qui produisent annuellement 700 000 à 800 000 litres de lait en bio » ce qui permet de partager la charge de travail, indique Dany Schmidt. « Nous sommes très attentifs au bien-être animal mais il ne faut pas oublier le bien-être humain ».

Guichet unique

Toutes ces évolutions sont de nature à encourager les agriculteurs conventionnels à franchir le pas. Elles constituent donc autant d’arguments pour les organisations agricoles « aimeraient que le bio progresse en Alsace », rappelle Véronique Klein. L’Opaba s’est d’ailleurs fixé pour objectif d’atteindre le seuil de 10 % des surfaces agricoles alsaciennes conduites en bio en 2020 (contre 6,5 % fin 2015).

En revanche, « nous ne voulons pas que des gens s’installent en bio juste pour bénéficier des aides à la conversion » ni « qu’ils se lancent en aveugle » ce qui serait « la meilleure façon pour se planter », précise la vice-présidente de la chambre. « Nous souhaitons qu’ils passent par le pôle conversion », devenu en Alsace le guichet unique de la transition vers le bio, « ce qui nous permet de leur proposer une analyse technico-économique de leur projet », de « nous assurer qu’ils ont les capacités agronomiques et techniques » indispensables à ce mode de production et « qu’ils auront un débouché pour leur production ». Car si les fruits et légumes peuvent être écoulés en vente directe, les céréales nécessitent en revanche de disposer d’un circuit de collecte et de stockage.

Les promoteurs du bio veulent aussi éviter à tout prix de déséquilibrer des marchés qui connaissent eux aussi des fluctuations. « Nous voulons grandir, confirme Véronique Klein, mais de façon concertée et modérée ».

Rédigé par ANAB

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