Zones humides, sève de la terre

Publié le 27 Février 2016

Les zones humides, maillon indispensable du cycle de l’eau et de la biodiversité, sont souvent méconnues et maltraitées au point qu’une journée mondiale, le 2 février, doit chaque année les sortir de leur anonymat.
En prélude à une matinée d’échanges sur le site Ramsar Rhin supérieur-Oberrhein, mardi à Strasbourg, Frédéric Longchampt a détaillé les bénéfices de la renaturation de l’île du Rohrschollen. Photo DNA - Michel Frison

En prélude à une matinée d’échanges sur le site Ramsar Rhin supérieur-Oberrhein, mardi à Strasbourg, Frédéric Longchampt a détaillé les bénéfices de la renaturation de l’île du Rohrschollen. Photo DNA - Michel Frison

Elles sont indispensables. C’est aussi simple que cela. Ces zones inondables, ces trous d’eau, ces marécages, lacs, tourbières, rivières, mares et autres dépressions boueuses souvent comblées ou drainées par indifférence, méconnaissance (ou pire), rendent d’innombrables services, et ce gratuitement. Auto-épuration de l’eau par filtration naturelle, prévention des inondations, régulation des crues, alimentation en eau des nappes, maintien d’une biodiversité rare et spécifique, qualité des paysages, atouts touristiques, sans oublier le stockage de CO 2 , la liste n’est pas exhaustive.
On estime d’ailleurs qu’un hectare de zone humide permet d’économiser entre 37 et 617 euros par an au titre de la lutte contre les inondations, et jusqu’à 11 300 euros par an pour ce qui est de l’épuration de l’eau.
Les rôles des zones humides sont tels qu’on n’hésite pas à investir des millions pour les renaturer, comme cela a été le cas dans la réserve naturelle de l’île du Rohrschollen à Strasbourg. Coupée du Rhin par la canalisation du fleuve et l’aménagement d’une écluse et d’une usine hydroélectrique, la forêt alluviale s’y desséchait et il a fallu 3,3 millions d’euros de travaux pour lui rendre son « inondabilité ».
Pari gagné
Pour rétablir la dynamique alluviale, il a fallu recréer les conditions naturelles d’immersion quand le Rhin encore libre tissait ses innombrables bras entre les arbres. Une prise d’eau à l’extrémité amont de l’île et le creusement d’un chenal permettent depuis juin dernier de reconnecter le Bauerngrundwasser au fleuve. Cet ancien bras mort du Rhin traverse l’île de part en part et, ainsi alimenté, peut réinonder la forêt alluviale dès que le débit du Rhin dépasse les 1 500 m³ par seconde (c’est le cas actuellement).
« Depuis l’entrée en fonction de la prise d’eau en juin dernier, nous avons connu trois épisodes de submersion, explique Frédéric Longchampt, responsable des espaces naturels de l’Eurométropole de Strasbourg. Et déjà, on retrouve des ambiances qu’on avait complètement perdues. » Le chenal qui guide l’eau du Rhin vers le Bauerngrundwasser a volontairement été sous-creusé pour qu’il se façonne naturellement un lit en méandre, avec des bans de gravier et des berges où les saules blancs ne tarderont pas à pousser. « Le pari est gagné et avec l’eau courant dans le chenal et un débit plus stagnant dans le Bauerngrundwasser, on a ici un patchwork de zones humides. »
Véritable laboratoire à ciel ouvert, l’île du Rohrschollen est scrutée par les chercheurs de l’Université de Strasbourg et du CNRS pour suivre l’évolution du milieu et en tirer des leçons.
Projets transfrontaliers
Car d’autres projets de renaturation sont en cours ou en projet sur le site Ramsar du Rhin supérieur-Oberrhein et c’était là tout l’objet de la matinée d’échanges qui s’est tenue mardi à la Maison de la Région à Strasbourg. Il s’agissait de discuter entre élus, techniciens et associations, des principales initiatives pour reconquérir la biodiversité des milieux rhénans : le programme Life + Rheinauen Rastatt côté allemand, la renaturation menée par EDF de l’île du Rhin à Kembs ou le rétablissement de la dynamique sédimentaire présenté par les Suisses.
Mais si le Rhin doit son label Ramsar à son milieu remarquable, les participants ont également rappelé toute l’importance des zones humides ordinaires qui continuent malheureusement de disparaître un peu plus tous les jours dans l’indifférence générale, sous les coups de l’urbanisation, des infrastructures de transport, ou de l’agriculture.
La journée mondiale des zones humides commémore la signature de la convention de Ramsar, le 2 février 1971 en Iran. C’était l’un des premiers textes internationaux à vouloir freiner la dégradation de l’état de santé de notre planète, en l’occurrence par la protection des zones humides. La région ACAL compte quatre zones Ramsar (les étangs de la Champagne humide, de la petite Woëvre, de Lindre, et le Rhin). La zone Ramsar Rhin supérieur-Oberrhein court sur une distance de 190 km entre Bâle et Lauterbourg, sur une superficie de 47 500 ha de part et d’autre du fleuve.

DNA-Simone Wehrung (04/02/2016)

Concours photo

L’agence de l’eau du bassin Rhin-Meuse et les conservatoires d’espaces naturels organisent à l’occasion de la journée mondiale des zones humides un concours photo parrainé par le photographe animalier Vincent Munier. Pour participer, il suffit de photographier une zone humide du Grand Est (bassin Rhin-Meuse) et de déposer le cliché sur le site internet www.eau-rhin-meuse.fr avant le 29 avril.
Un jury sélectionnera les 15 photos les plus représentatives du territoire, soumises ensuite au vote des internautes. La photo la plus « plébiscitée » dans chaque catégorie recevra un lot : tirage grand format accompagné d’un commentaire personnalisé de Vincent Munier pour la double catégorie adultes/enfants ; l’intervention en classe d’un photographe naturaliste pour la catégorie scolaire.
Ces photos serviront également de support à l’affiche de l’édition 2017.
Zones humides, sève de la terre

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

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