Battue botanique au Grand Ballon

Publié le 12 Août 2016

Rare et fragilisée par un milieu qui se referme, l’androsace de Haller est l’unique exemple en Alsace de réintroduction, au Grand Ballon. Lors du comptage à la fin juin, l’équipe du Conservatoire botanique d’Alsace et du PNRBV a dénombré 202 individus. Reportage.

De g. à d. : Autour de l’androsace, une dynamique rassemblant Fabien Dupont, du réseau Nature 2000 du Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV), Benoît Lamard, jardinier-botaniste au Conservatoire botanique d’Alsace (CBA), Mathieu Hildenbrand, du CBA de Mulhouse, qui cultive en serre l’espère menacée et Julie Nguefack, chargée de mission au CBA. PHOTO DNA

De g. à d. : Autour de l’androsace, une dynamique rassemblant Fabien Dupont, du réseau Nature 2000 du Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV), Benoît Lamard, jardinier-botaniste au Conservatoire botanique d’Alsace (CBA), Mathieu Hildenbrand, du CBA de Mulhouse, qui cultive en serre l’espère menacée et Julie Nguefack, chargée de mission au CBA. PHOTO DNA

Des cris d’alouette bercent la battue botanique à l’androsace de Haller – découverte dans les Vosges, en 1732.
Sur les chaumes sommitales du Grand Ballon à 1 400 m, Mathieu Hildenbrand, jardinier responsable des cultures au Conservatoire botanique d’Alsace (CBA), antenne mulhousienne, et Fabien Dupont, du réseau Natura 2000 du Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV), sont à quatre pattes, fouillant le sol entre les pierres. Julie Nguefack, phytosociologue au CBA venue de Strasbourg, formulaire en mains, commence par noter les coordonnées GPS.
Plus concurrentiel, le milieu s’est refermé
Le dernier comptage remonte à 2012. L’inventaire est délicat et essentiel car l’androsace de Haller est l’unique exemple en Alsace de réintroduction en milieu naturel réalisé à l’orée des années 90. En l’occurrence au Grand Ballon dont on ne précisera pas l’endroit pour des questions évidentes de préservation.
« La plante était là entre les rochers, précise Mathieu, il faut fouiller ! » Le point de vue est exceptionnel, les nuages dansent avec le soleil en cette après-midi de la fin juin.
Petite primevère, l’androsace de Haller pousse en coussinets dans les pierriers d’altitude. « Celle qui se trouvait dans les champs cultivés a complètement disparu » relève Julie. D’autres types d’androsaces (velue, carnée) enrichissent la flore du Massif Central, des Pyrénées et des Alpes.
« Qu’est-ce que l’on compte ? », interroge Fabien qui, au passage, ramasse une petite bouteille en verre. « Les rosettes fleuries et juvéniles », répond Mathieu qui a détalé en contrebas.
Passionné, le jardinier fouille sous la bruyère, guette la moindre tige. Mathieu a l’œil et pour cause, l’employé depuis 1992 dans l’unité du service des espaces verts de la ville de Mulhouse, la cultive dans les serres du CBA. De la sauvegarde de l’androsace à celle de la saxifrage œil de bouc, ce sont les espèces les plus menacées des Vosges et du Jura que met en culture l’équipe mulhousienne. Aussi l’androsace de Haller, Mathieu la connaît à tous les stades, de la graine à la fleur.
L’antenne mulhousienne du CBA cultive également des espèces végétales menacées venues du monde entier.
Sur la surface inventoriée, exposée Nord Est, le comptage des rosettes d’androsace de Haller avance. Mais un diagnostic s’impose. « La bruyère et la lande ont avancé, observe Mathieu, l’androsace ne supporte pas ce contexte devenu trop concurrentiel. Le milieu s’est refermé ». L’ Androsace halleri a-t-elle été mangée par la callune, plante voisine de la bruyère ? « Une graine a germé plus bas », s’enthousiasme cependant Mathieu. Identifiée par Albrecht von Haller, « la primevère s’épanouit sur des sols peu constitués parmi les pierres, c’est une plante pionnière qui résiste à des conditions difficiles comme l’altitude », complète Julie. « Les graminées avancent comme les petits arbustes, pointe aussi la chargée de mission du CBA. Avec le changement climatique, l’avenir de l’androsace se complique, postule la botaniste. Car on a constaté qu’à la suite de l’évolution climatique, les plantes montent d’un étage. Or avec l’androsace, on est déjà sur le toit ». Comme le rappelle Fabien Dupont, il y a quinze ans, il y avait là des pâturages.
L’androsace en floraison, in situ. photos DNA – jULIEN kAUFFMANN

L’androsace en floraison, in situ. photos DNA – jULIEN kAUFFMANN

150 espèces d’androsaces dans le monde, vingt en France , une en Alsace Faut-il les réintroduire ? « En matière de préservation botanique, il faut toujours être humble, reconnaît Julie. Quand on change un paramètre, la difficulté c’est d’appréhender les conséquences sur l’ensemble du milieu. »
Au final, l’équipe a compté 202 rosettes d’androsace, dont seulement 58 fleuries et beaucoup de juvéniles enfouis sous la bruyère. « Suivant les résultats des études en cours sur la faune et la flore du Grand Ballon, des stratégies de gestion globales seront ensuite proposées par les experts naturalistes et le PNRBV, conclut la chargée de mission du CBA. Et après concertation de tous les acteurs, le nouveau plan de gestion pourra être rédigé et acté ».

DNA-Veneranda Paladino (28/07/2016)

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

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