La mignardise des prés

Publié le 19 Août 2016

Deuxième volet de la série des DNA sur la flore en danger d’Alsace : l’œillet superbe ou Dianthus superbus, élégante fleur des prairies humides que l’on peut encore admirer de l’été à l’automne en de rares parcelles du Ried Nord.

La prairie à 10 000 œillets d’Oberhoffen-sur-Moder. PHOTO Marine Pouvreau - CBA

La prairie à 10 000 œillets d’Oberhoffen-sur-Moder. PHOTO Marine Pouvreau - CBA

« Moi, j’y suis pour rien ».
Il n’empêche que Madeleine Heinrich a été agréablement surprise d’apprendre que l’exploitation familiale abritait la plus belle prairie à œillets superbes de toute la région.
Invitée fin mai à une réunion en mairie d’Oberhoffen-sur-Moder avec le Conservatoire Botanique d’Alsace (CBA), elle s’est vu conseiller de ne surtout rien changer à la manière dont la parcelle à fourrage de 5 ha en limite de Schirrhein est gérée. « On est de bons élèves sans le savoir, sourit Madeleine. On n’a pas de lisier donc on n’en met pas sur la prairie. Et on n’a jamais exagéré avec l’engrais. Mais difficile de dire pourquoi il y a tant d’œillets chez nous ».
Quelques parcelles alentour comptent également une belle densité de ces fleurs rares, mais pas dans les mêmes proportions.
Jusqu'à cette année, Madeleine Heinrich n'avait pas conscience du trésor botanique caché dans l'exploitation familiale. Photo DNA-Simone-Wehrung

Jusqu'à cette année, Madeleine Heinrich n'avait pas conscience du trésor botanique caché dans l'exploitation familiale. Photo DNA-Simone-Wehrung

La commune d’Oberhoffen-sur-Moder cumule à elle seule près de la moitié des œillets comptabilisés
Ce sont les inventaires de terrain réalisés par le conservatoire botanique d’Alsace qui ont permis de découvrir cette parcelle à nulle autre pareille.
Alors que plus de la moitié des prairies prospectées dans le Ried Nord entre La Wantzenau et Soufflenheim comptent moins de 100 individus, 13 en abritent plus de 500 et une seule, celle de la famille Heinrich, en héberge plus de 10 000 !
Pareille découverte a évidemment ravi le CBA qui justement avait entrepris l’inventaire dans le cadre de la définition d’une stratégie de conservation de l’œillet superbe. Et avant d’envisager une reconquête, tous les efforts visent à stopper la dégradation et maintenir les noyaux de population.
Des arrêtés préfectoraux de protection des biotopes (APPB) ont déjà été pris pour les secteurs de Hoerdt et de Soufflenheim où des spécimens avaient été repérés par le passé, mais au vu de la difficulté à mettre en œuvre ces APPB, le classement en espace naturel sensible (ENS) des prairies d’Oberhoffen serait peut-être une meilleure option. « La question sera discutée en municipalité », confirme le maire d’Oberhoffen, Gunter Schumacher, qui reconnaît que personne n’avait eu jusqu’ici la moindre idée de la valeur patrimoniale de cette fleur appelée Pràchtnaagala par les anciens.
Rien à voir avec l'oeillet d'Inde porté en boutonnière, notre oeillet local est autrement plus superbe. Photo : Marine Pouvreau-CBA

Rien à voir avec l'oeillet d'Inde porté en boutonnière, notre oeillet local est autrement plus superbe. Photo : Marine Pouvreau-CBA

Fleur de regain
Un tel ENS, s’il est accepté par le conseil départemental qui en a la charge, ouvre à la collectivité (département ou commune) un droit de préemption pour éviter toute dégradation.
Le printemps incroyablement humide a obligé la famille Heinrich à faucher dès que cela a été possible en juin. Un peu tôt peut-être et il faut espérer que ce changement n’aura pas d’incidence sur l’abondance de l’œillet. Sa floraison lors du regain sera d’autant plus guettée par les botanistes.
Elle devrait durer jusqu’à l’automne et la prochaine fauche. Pour le maintien des populations et des habitats, il est recommandé de laisser les plants s’épanouir au moins trois mois entre deux fauches.
La mignardise des prés

DNA-Simone Wehrung 21/07/2016

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

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