Démantèlement nucléaire en France

Publié le 30 Octobre 2017

Démantèlement nucléaire en France

Neuf réacteurs sont déjà en déconstruction en France, un chantier démesuré qu’EDF assure maîtriser techniquement et financièrement. Mais les difficultés et les coûts sont considérables.

Faire, défaire. Ainsi va la vie. Ainsi va désormais le nucléaire. Avec la fermeture annoncée de la centrale alsacienne de Fessenheim à la fin de la décennie – si EDF et le futur gouvernement n’en décident pas autrement –, « un vaste chantier industriel de démantèlement va pouvoir démarrer », se félicite la ministre de l’environnement et de l’énergie, Ségolène Royal. (à l'époque de la rédaction de l'article)

Pour l’entreprise publique, c’est en effet une nouvelle page de l’histoire de l’atome qui s’ouvre. L’ouvrage qui l’attend est colossal, les défis techniques immenses, le coût considérable. Ses ingénieurs n’en sont toutefois pas à leur coup d’essai. Ils ont commencé à se faire la main sur plusieurs réacteurs à l’arrêt, dont celui de Chooz A, dans les Ardennes.

Chooz – prononcer chô – est un concentré de la filière électronucléaire française. La vitrine, justement, de ce qu’elle sait faire et défaire. Nous sommes ici dans une boucle de la Meuse, à l’extrême pointe d’une étroite bande de terre, le « doigt de Givet », planté comme un coin dans l’Ardenne belge.

 

Ce matin d’avril au ciel plombé, on aperçoit d’abord, gris sur gris, deux colonnes de béton dont le panache de vapeur d’eau se mêle aux nuages : les tours de refroidissement de la centrale de Chooz B, formée de deux unités de 1 450 mégawatts (MW) qui, couplées au réseau en 1996 et 1997, sont parmi les plus modernes du parc hexagonal. Mais un troisième réacteur se cache, sur l’autre rive du fleuve, enfoui sous une colline piquée de bouleaux.

 

Chooz A, le « petit Chooz », est un modèle réduit, de 305 MW, des 58 réacteurs à eau pressurisée aujourd’hui exploités en France, dont la puissance est de trois à cinq fois supérieure. Le premier de cette technologie a avoir été mis en service, en 1967, il a aussi été le premier débranché, en 1991, après avoir rempli sa fonction de démonstrateur. Son démantèlement constitue donc un chantier pilote, même si son implantation souterraine, dans deux cavernes protégées par 300 mètres de roche, en fait un cas singulier.

Démantèlement nucléaire en France
Démantèlement nucléaire en France
Pour entrer en « zone contrôlée », il faut s’habiller de la tête au pieds d’un équipement dédié (combinaison, chaussettes, chaussures, gants, charlotte, casque...) qui ne sortiront pas de l’îlot nucléaire. Et s’équiper d’un dosimètre individuel.
Pour entrer en « zone contrôlée », il faut s’habiller de la tête au pieds d’un équipement dédié (combinaison, chaussettes, chaussures, gants, charlotte, casque...) qui ne sortiront pas de l’îlot nucléaire. Et s’équiper d’un dosimètre individuel.

Pour entrer en « zone contrôlée », il faut s’habiller de la tête au pieds d’un équipement dédié (combinaison, chaussettes, chaussures, gants, charlotte, casque...) qui ne sortiront pas de l’îlot nucléaire. Et s’équiper d’un dosimètre individuel.

Deux galeries d’une centaine de mètres, reliées par des passages transversaux, mènent aux cavernes abritant le bâtiment réacteur et les équipements auxiliaires de Chooz A. Des gaines de ventilation courent tout le long des installations, où des rails permettent l’évacuation des matériaux issus du démantèlement.
Deux galeries d’une centaine de mètres, reliées par des passages transversaux, mènent aux cavernes abritant le bâtiment réacteur et les équipements auxiliaires de Chooz A. Des gaines de ventilation courent tout le long des installations, où des rails permettent l’évacuation des matériaux issus du démantèlement.

Deux galeries d’une centaine de mètres, reliées par des passages transversaux, mènent aux cavernes abritant le bâtiment réacteur et les équipements auxiliaires de Chooz A. Des gaines de ventilation courent tout le long des installations, où des rails permettent l’évacuation des matériaux issus du démantèlement.

Pour y accéder, il faut s’enfoncer dans une galerie d’une centaine de mètres où courent des rails servant à l’évacuation des matériaux et des gaines de ventilation. Un sas maintient en dépression l’ensemble du site, pour éviter que ne s’en échappent des particules radioactives.

Nous sommes entrés en « zone contrôlée » mais, précise Sébastien Albertini, chef du projet de déconstruction, classée en « nucléaire propre », où ne subsiste qu’un faible niveau de contamination. Nous sommes même, selon le code de couleurs en vigueur dans cette industrie, en « zone radiologique verte », la moins exposée dans une gamme comprenant aussi le jaune, l’orange et le rouge.

Car le gros des opérations a déjà été réalisé. Dans les premières années qui ont suivi l’arrêt du réacteur, le combustible usé a été déchargé et transféré vers les usines de retraitement de La Hague (Manche), les circuits et les tuyauteries vidangées, ce qui a permis d’éliminer 99,9 % de la radioactivité. Pour autant, souligne notre guide, « le niveau d’exigence en termes de sûreté et de radioprotection reste le même que pendant la phase d’exploitation ».

Il faut donc, avant de poursuivre plus avant, se livrer à un rituel immuable, auquel s’astreignent quotidiennement la centaine d’ouvriers et de techniciens troglodytes qui s’affairent toujours dans les entrailles de la terre.

On passe successivement d’un vestiaire « froid », où l’on se déshabille des pieds à la tête, hommes et femmes séparément, pour ne conserver que ses sous-vêtements, à un vestiaire« chaud » où l’on enfile tee-shirt, combinaison, chaussettes, chaussures, charlotte, casque et lunettes de protection, qui seront ensuite envoyés vers des laveries spécialisées. On s’équipe encore d’un dosimètre, qui nous avertirait par un signal sonore d’un taux anormal de radioactivité.

Un sas maintient la zone nucléaire en dépression, pour éviter que ne s’échappent des particules de radioactivité.

Un sas maintient la zone nucléaire en dépression, pour éviter que ne s’échappent des particules de radioactivité.

L’entrée de la plus grande des deux cavernes, haute de 45 mètres, longue de 40 et large de 25, abritant le réacteur de Chooz A. Au premier plan, le couvercle de la cuve, surmonté des gaines de barres de contrôle de la réaction nucléaire : une pièce de 70 tonnes, déposée début mars par un pont de levage.

L’entrée de la plus grande des deux cavernes, haute de 45 mètres, longue de 40 et large de 25, abritant le réacteur de Chooz A. Au premier plan, le couvercle de la cuve, surmonté des gaines de barres de contrôle de la réaction nucléaire : une pièce de 70 tonnes, déposée début mars par un pont de levage.

La cuve d’acier du réacteur, de 220 tonnes, est aujourd’hui immergée dans une piscine, sous dix mètres d’eau, afin de réduire l’exposition aux radiations lors de sa découpe. Celle-ci se fera par des robots commandés à distance. Cette opération génèrera 200 tonnes de déchets métalliques de faible et moyenne activité à vie courte, et 20 tonnes de déchets à vie longue, qui seront expédiés vers des centres de stockage.

La cuve d’acier du réacteur, de 220 tonnes, est aujourd’hui immergée dans une piscine, sous dix mètres d’eau, afin de réduire l’exposition aux radiations lors de sa découpe. Celle-ci se fera par des robots commandés à distance. Cette opération génèrera 200 tonnes de déchets métalliques de faible et moyenne activité à vie courte, et 20 tonnes de déchets à vie longue, qui seront expédiés vers des centres de stockage.

Dans la cavernes des équipements auxiliaires, deux employés commandent, à distance, le robot Predator, dont les pinces et les scies découpent les tôles et les bidons contenant des résines et des effluents contaminés.

Dans la cavernes des équipements auxiliaires, deux employés commandent, à distance, le robot Predator, dont les pinces et les scies découpent les tôles et les bidons contenant des résines et des effluents contaminés.

Avant de ressortir de la zone nucléaire, il faut passer par des cabines de contrôle radiométrique. Plusieurs vérifications successives ont lieu avant de quitter l’enceinte de la centrale. Une règle de radioprotection à laquelle s’astreint quotidiennement la centaine d’employés affectés aux travaux de démantèlement.

Avant de ressortir de la zone nucléaire, il faut passer par des cabines de contrôle radiométrique. Plusieurs vérifications successives ont lieu avant de quitter l’enceinte de la centrale. Une règle de radioprotection à laquelle s’astreint quotidiennement la centaine d’employés affectés aux travaux de démantèlement.

Salle entièrement vidée dans la caverne auxiliaire, où EDF a aménagé un « appartement témoin d’un démantèlement achevé ». D’ici cinq ans, toute trace des activités passées devrait avoir disparu des galeries de Chooz A, avant leur remblaiement et leur obturation définitive.

Salle entièrement vidée dans la caverne auxiliaire, où EDF a aménagé un « appartement témoin d’un démantèlement achevé ». D’ici cinq ans, toute trace des activités passées devrait avoir disparu des galeries de Chooz A, avant leur remblaiement et leur obturation définitive.

 Portique de sécurité (à badge et code personnels) à l’entrée du réacteur à neutrons rapides Superphénix, sur la commune de Creys-Mépieu, en Isère. Ce surgénérateur de 1 240 MW était un prototype. Mis en service en 1986, il a été arrêté en 1997

Portique de sécurité (à badge et code personnels) à l’entrée du réacteur à neutrons rapides Superphénix, sur la commune de Creys-Mépieu, en Isère. Ce surgénérateur de 1 240 MW était un prototype. Mis en service en 1986, il a été arrêté en 1997

Dans l’enceinte géante du surgénérateur (85 mètres de hauteur contre 56 mètres pour le bâtiment d’un réacteur à eau pressurisée de 900 W), tenues et casques de chantier sont de rigueur pour les 200 employés chargés des travaux de démantèlement. Ces équipements ne sortent jamais de la zone contrôlée.

Dans l’enceinte géante du surgénérateur (85 mètres de hauteur contre 56 mètres pour le bâtiment d’un réacteur à eau pressurisée de 900 W), tenues et casques de chantier sont de rigueur pour les 200 employés chargés des travaux de démantèlement. Ces équipements ne sortent jamais de la zone contrôlée.

Superphénix a été le plus grand réacteur à neutrons rapides au monde. Les dimensions sont impressionnantes : 24 mètres de diamètre pour la cuve, contre 4 mètres pour celle d’un réacteur à eau pressurisée standard. Deux gigantesques ponts roulants, les plus grands d’Europe, permettent de déplacer les gros équipements.

Superphénix a été le plus grand réacteur à neutrons rapides au monde. Les dimensions sont impressionnantes : 24 mètres de diamètre pour la cuve, contre 4 mètres pour celle d’un réacteur à eau pressurisée standard. Deux gigantesques ponts roulants, les plus grands d’Europe, permettent de déplacer les gros équipements.

Vu de la dalle du réacteur, le chantier de déconstruction est titanesque. Il a nécessité la conception d’outils de découpe robotisés, dont une perche dotée d’une torche laser. Des équipements qu’EDF souhaite mettre à profit pour d’autres démantèlements. L’une des opérations les plus délicates a été la neutralisation des 5 500 tonnes de sodium liquide servant de fluide de refroidissement.

Vu de la dalle du réacteur, le chantier de déconstruction est titanesque. Il a nécessité la conception d’outils de découpe robotisés, dont une perche dotée d’une torche laser. Des équipements qu’EDF souhaite mettre à profit pour d’autres démantèlements. L’une des opérations les plus délicates a été la neutralisation des 5 500 tonnes de sodium liquide servant de fluide de refroidissement.

Les ouvriers qui travaillent sur le chantier sont pour beaucoup employés par des entreprises sous-traitantes, en l'occurrence Areva.

Les ouvriers qui travaillent sur le chantier sont pour beaucoup employés par des entreprises sous-traitantes, en l'occurrence Areva.

L’un des nombreux sas de sécurité de la zone contrôlée du réacteur Superphénix.

L’un des nombreux sas de sécurité de la zone contrôlée du réacteur Superphénix.

Dans l’un des quatre « tunnels » où étaient installées les pompes secondaires – des pièces de 25 tonnes et de 12,5 mètres de haut – et une partie des circuits secondaires de sodium. Ces cavités ont été vidées pour préparer le démantèlement de la cuve

Dans l’un des quatre « tunnels » où étaient installées les pompes secondaires – des pièces de 25 tonnes et de 12,5 mètres de haut – et une partie des circuits secondaires de sodium. Ces cavités ont été vidées pour préparer le démantèlement de la cuve

L’ancienne salle de commande a été transformée en salle de surveillance, où des salariés se relaient en trois-huit. Un contrôle continu est exercé sur l’alimentation électrique du site, la ventilation, le risque d’incendie et l’environnement. Au centre du tableau est représenté l'emblème de la centrale : le phénix, l’oiseau légendaire renaissant de ses cendres.

L’ancienne salle de commande a été transformée en salle de surveillance, où des salariés se relaient en trois-huit. Un contrôle continu est exercé sur l’alimentation électrique du site, la ventilation, le risque d’incendie et l’environnement. Au centre du tableau est représenté l'emblème de la centrale : le phénix, l’oiseau légendaire renaissant de ses cendres.

Le panneau de sécurité que l'on retrouve à l'entrée de toutes les usines, dont les centrales électriques.

Le panneau de sécurité que l'on retrouve à l'entrée de toutes les usines, dont les centrales électriques.

Le bâtiment de Superphénix vu depuis le hameau de Malville. Les « ailes » de couleur jaune abritent les quatre générateurs de vapeur, hauts de 43 mètres. La petite construction au toit conique, sur la gauche, est un ancien kiosque d'accueil du public, comportant un espace d'exposition et depuis lequel les visiteurs avaient une vue générale du site. Il est fermé depuis de nombreuses années

Le bâtiment de Superphénix vu depuis le hameau de Malville. Les « ailes » de couleur jaune abritent les quatre générateurs de vapeur, hauts de 43 mètres. La petite construction au toit conique, sur la gauche, est un ancien kiosque d'accueil du public, comportant un espace d'exposition et depuis lequel les visiteurs avaient une vue générale du site. Il est fermé depuis de nombreuses années

Rédigé par ANAB

Publié dans #Energies, #Pollution-pesticides

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