Enquête mycologique, épisode 45, Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)

Publié le 19 Mars 2022

Identifier un champignon n’est pas chose aisée au premier abord et c’est pourtant une démarche essentielle pour éviter toute fâcheuse méprise qui peut devenir fatale si on consomme un champignon toxique ou mortel. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons apprécie tout particulièrement d’arpenter les forêts pour recenser tous les gangs fongiques qui s’y trouvent.

 

Scène du crime

 

Nous sommes le 15 septembre 2021, dans une forêt de feuillus type charmaie hêtraie, le long du Lach à Sarreinsming

Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)- Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)- Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Arme du crime

 

Le champignon pousse sur du bois mort. Il s’agit très probablement d’un champignon saprophyte, affirmation à prendre avec prudence comme on le verra ultérieurement.

Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)- Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)- Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Profil du suspect

 

C’est déjà un champignon qui pousse sur du bois. Ça élimine déjà pléthore de candidats. Sa couleur est jaune soufré à orange et son dessous est constitué de pores. Sa chair est coriace. Ce n’est pas un champignon de morphologie classique chapeau/pied. Ces observations paraissent triviales mais rien que de faire cette démarche élimine bon nombre de candidats.

Tubes de Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)-
Tubes de Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)-

Tubes de Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)-

Pores de Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)- Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Pores de Laetiporus sulphureus (Polypore soufré)- Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Aucun doute qu’avec ces éléments, ce champignon est un polypore, au sens large.

 

Un mot sur les polypores

 

Le terme polypore ne renvoie pas sur un groupe taxonomique particulier. Ce mot générique désigne des champignons possédant des tubes qui débouchent sur des pores et avec une chair coriace. Ce dernier point est important puisqu’il permet d’exclure les bolets qui ont une chair molle. Parmi les plus connus de ces champignons, on peut citer l’amadouvier (Fomes fomentarius) ou les tramètes. Tout le monde en a déjà croisés sur des souches en forêts, voire sur des arbres vivants, formant de belles consoles.

La morphologie « polypore » est apparue de nombreuses fois au cours de l’évolution, et dans des groupes très différents. Parmi ces groupes, on trouve une famille, les polyporacées. Et parmi ces derniers, certains ne répondent pas à la définition traditionnelle d’un polypore, comme les genres Panus ou Lentinus, possédant des lames. L’idée à retenir est qu’on trouve des champignons à chair dure et à pore dans de nombreuses familles.

Les polypores peuvent être des parasites, des saprotrophes et certains sont mêmes mycorhiziens. De part leur rôle important de décomposeur, ils jouent un rôle très important de recycleur dans la forêt. Il est difficile d’avoir un avis tranché sur la trophie d’un polypore. Parasite au départ, ils deviennent décomposeurs à la mort de l’arbre.

Pour les identifier, c’est très complexe. Outre la forme des pores, la consistance de la chair, la couleur de sporée, etc, il faut s’armer de patience et d’un microscope.

 

Heureusement pour nous, on est en présence ici du polypore soufré (Laetiporus sulphureus), très typé avec sa couleur et son identification ne pose pas de problème sur des sujets frais. Il est assez courant, peut pousser dès avril, le plus souvent sur des feuillus, vivants ou morts.

 

La conclusion de l’enquêteur

 

Les polypores, c’est souvent ce qu’on observe quand il n’y a plus d’autres champignons visibles en forêt. C’est un domaine d’étude certes ardu en mycologie mais un monde formidable quand on commence à l’investiguer. Deux monographies (pour ne pas dire des pavés) très complètes existent : celle de Bernicchia et celle, en français, de Rivoire.Les clés d’identification font appel à des notions microscopiques assez ardues quand on n’a pas l’habitude.

 

 Texte, photos sauf mentions et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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J
Très beau spécimen, et ici encore j’apprends quelque chose sur le rôle de recyclage de ces champignons.
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G
Bonjour Jpl<br /> Sans les champignons, la forêt croulerait sous ses déchets